Quoi de mieux pour démarrer cette deuxième journée à Kyoto que de prendre son petit déjeuner sur la promenade des philosophes ? Le clapotis de l’eau, les quelques passants discrets, l’atmosphère paisible et silencieuse du matin qui régnait sur la promenade, rien de plus revigorant pour commencer ce qui allait être notre journée la plus sportive du séjour. Je dis sportive parce qu’on a pris les vélos mis à disposition à l’hôtel. Et il me semble, mais arrêtez moi si je me trompe, qu’une fois qu’on monte sur la selle de la bête, on fait immédiatement du sport. Eh bien voilà ! Pour ce deuxième jour, nous allions visiter Kyoto en long, en large, en travers, faire 30km de vélo et marcher 30000 pas (c’est ma montre qui le dit, je la crois sur parole) Alors, sportive ou pas sportive ?!
Après notre petit déjeuner au calme, nous avons enfourché nos bolides et démarré sur les chapeaux de roues : direction Heian-jingu.
HEIAN-JINGU
Dérapages contrôlés sur les graviers et nous voilà devant la grande porte du sanctuaire avec, dans notre dos, au bout de l’avenue qui lui fait face, l’énorme torii vermillon de 25 mètres de haut qui annonce l’entrée dans un lieu sacré.

Avant de passer les portes, comme tous les Japonais, nous nous sommes purifier par l’eau. Pour cela, il faut se laver les mains et la bouche avec l’eau d’un petit bassin en pierre qui se trouve devant l’enceinte du lieu sacré dans lequel on va prier. On se purifie pour se présenter devant la divinité du lieu lavé de ses souillures. On se rince les mains et la bouche car on s’en sert pour prier. On frappe des mains pour invoquer la divinité des lieux et on formule sa prière avec la bouche. Pour cela, il faut utiliser le hishaku, une sorte de louche à fond plat généralement en bambou. Cette purification est un rituel qui suit un ordre bien précis :
– tout d’abord prendre le hishaku de la main droite pour verser l’eau sur la main gauche
– changer de main et rincer la main droite
– reprendre le hishaku de la main droite pour verser de l’eau dans le creux de la paume de sa main gauche et prendre une gorgée de cette eau pour se purifier la bouche
– recracher l’eau en dehors du bassin
– reprendre de l’eau dans le hishaku pour se purifier la main gauche qui a touché la bouche.
Je dois avouer que je suis toujours en stress quand vient mon tour de me purifier car je ne me rappelle pas toujours de l’ordre et puis il y a toujours beaucoup de monde autour de ce bassin alors cela me met une pression du diable. J’ai peur de ne pas le faire correctement et j’essaie de me dépêcher pour ne pas faire attendre trop longtemps les gens derrière moi. Au final, je fais n’importe quoi mais je me retrouve quand même les mains et le visage trempés. Et bien évidemment je n’ai pas de mouchoir en tissu ou de petite serviette pour me les sécher, contrairement à tous les Japonais qui en ont avec eux.

Une purification laborieuse plus tard, nous avons suivi les nombreuses personnes en kimono à l’intérieur du sanctuaire. Nous nous sommes retrouvés sur une grande esplanade d’où nous pouvions admirer le complexe vermillon et blanc. Il fut construit tardivement, en 1895, pour célébrer les 1100 ans de la création de Kyoto anciennement appelée Heiankyo (d’où le nom du sanctuaire, aaaaah!). Il rend hommage à deux empereurs qui ont marqué la ville : l’Empereur Kanmu (737-806), son fondateur, et l’Empereur Komei (1831-1866), le dernier à y avoir régné. Le sanctuaire est une reproduction partielle, à plus petite échelle, du premier Palais Impérial de la ville. Cette partie est déjà très jolie en soi mais les jardins sont, semble-t-il, magnifiques à la période des cerisiers en fleurs. Y étant allés en novembre, nous ne les avons pas visités. Voir des arbres nus et un camaïeu de marrons n’était pas dans ma top list des choses à voir. MAIS j’y retourne fin mars, donc j’irai m’y promener en espérant que les cerisiers soient en fleurs.
Nous avons vu beaucoup d’enfants en kimono venus célébrer le « Sichi-go-san », un rite qui se déroule en novembre lors duquel on prie les divinités pour que les enfants grandissent en bonne santé. C’était vraiment l’attraction de voir ces petites bouilles superbement apprêtées dans leurs kimonos, qui couraient après leurs parents.

Heian-jingu est un hommage à l’Histoire culturelle de Kyoto.
PALAIS IMPÉRIAL
Nous nous sommes ensuite dirigés vers le Palais Impérial de Kyoto, la résidence de l’Empereur lorsque Kyoto était toujours la capitale japonaise.
En route je me suis quand même posée la question d’enfin semer Nicolas. En vélo, c’était faisable… Mais bon c’était lui qui gérait le GPS et puis on dormait au même endroit, il m’aurait retrouvée, c’était donc vain. De plus, je suis totalement capable de me perdre même avec un GPS et si je ne voulais pas être celle qui dorme sous les ponts, il valait mieux que je reste avec lui pour retrouver mon lit douillet le soir. Tant pis, je réfléchirais à un autre stratagème.
Pour ce qui est du palais impérial, nous n’avons pas vu grand-chose à part des avenues immenses jonchées de gravier, des espaces verts et des murs derrière lesquels se trouvaient sûrement les différents bâtiments qui composent le palais. Alors soit on s’est débrouillé comme des branques soit tout était fermé au public quand nous y sommes allés. J’ai lu plus tard qu’il y avait un point de rendez-vous pour des visites sans réservation… La première hypothèse donc.
Je n’ai malheureusement pas grand-chose à dire sur le Palais impérial de Kyoto vu que je n’ai fait que traverser son très vaste parc ouvert à tous mais totalement désert au moment où nous y étions. En plus de cela, les avenues étaient, comme je l’ai dit, jonchées de gravier et nous étions en vélo… La première hypothèse donc.
KINKAKUJI
Le Pavillon d’or, situé au nord-ouest de Kyoto, était une des destinations clés autour de laquelle nous avions organisé notre journée. Le temple Kinkakuji porte bien son nom lui, contrairement au Ginkakuji, car son premier et deuxième étages sont recouverts de feuilles d’or. C’est un haut lieu touristique, ça ne fait aucun de doute. Avant même d’arriver au temple, il y avait déjà foule dans les rues qui y mènent. Je vous laisse donc imaginer une fois dans l’enceinte du temple.
On découvre le pavillon d’or au terme d’une allée d’arbres et là c’est l’émerveillement. Cette silhouette dorée apparaît se dressant au bord d’un lac, au milieu de la végétation et des collines qui l’entourent. J’y allais en ayant en tête le Pavillon d’argent visité la veille qui est certes un joli temple mais qui n’a rien d’extravagant. Or là, c’est le contraire. La structure dorée saute aux yeux immédiatement.

Le Kinkakuji, entré au Patrimoine Mondial de l’Humanité à l’UNESCO en 1994, a été construit par le shogun Yoshimitsu, « le seigneur de Kitayama », à la fin du XIVe siècle (ère Muromachi, 1333-1573) puis reconstruit entièrement de nombreuses fois après cela à cause d’incendies. Le dernière reconstruction date de 1955. Avant de devenir un temple zen, la villa privée du shogun répondait à un renouveau culturel initié par ce dernier. Son architecture ainsi que ses jardins qui représentaient ce renouveau, auraient grandement aidé au développement des échanges avec la Chine. D’ailleurs les Chinois adorent toujours autant ce lieu ! Ils étaient très nombreux parmi les visiteurs du Kinkakuji.
La première phase de choc passée, je me suis malheureusement laissée emporter par le flot continu de touristes et m’y suis noyée. La suite de la visite nous emmenait dans les jardins zen et dévoilait le temple sous toutes ses coutures. Effectivement le temple doré au sommet duquel trône fièrement un phénix est surprenant et très différent des autres temples zen beaucoup plus sobres. Cependant, je n’ai pas pu vraiment apprécier cette visite à cause de la horde de touristes qui m’entouraient. Je ne saurais même pas décrire les jardins. Je n’avais qu’une envie : fuir.

Je ne sais pas trop si je conseille de voir cet endroit. Certes le temple suscite la curiosité mais la foule gâche tout et les jardins n’ont plus rien de zen. Si visiter un lieu coincés au milieu de centaines de personnes dont on ne peut pas échapper car il n’y a qu’un chemin étroit à suivre ne vous effraie pas alors foncez, vous allez être servis ! Sinon, il y a beaucoup d’autres endroits à visiter. Le prochain, d’ailleurs, serait mon coup de cœur de la journée et peut-être même du séjour.
RYOANJI
Nous avions prévu de nous rendre à la bambouseraie d’Arashiyama après le Pavillon d’or. Soit une dizaine de kilomètres à parcourir. Avec mon monsieur GPS, on a remarqué qu’il y avait un temple sur le chemin que nous n’avions pas prévu de visiter mais qui semblait attrayant. Nous avons alors décidé de nous y arrêter. Tout comme le Kinkakuji, ce temple, le Ryoanji, est un peu reculé dans les collines, à l’abri dans la forêt. Au contraire su Kinkakuji par contre, il n’y a personne. Ô joie ! Rien que pour ça, j’étais dans de bien meilleures dispositions pour découvrir ce nouveau lieu. Et quel ne fut pas mon émerveillement. Cet endroit était si joli. Après la caisse (car de nombreux temples sont payants à Kyoto), une fois passée les portes, nous avons découverts une allée aux magnifiques couleurs d’automne.

Du vert, du jaune, du orange, du rouge, tout cela mélangé pour créer une arche feuillue superbe. Les couleurs des feuilles étaient si intenses mélangées au rayons du soleil couchant. J’ai eu du mal à continuer mon chemin. J’étais envoûtée par la beauté de cette allée dont le bleu froid des graviers faisait ressortir la chaleur des feuilles. Il a tout de même fallu avancer et découvrir ce que nous réservait le Ryoanji.
Ce monastère zen est connu pour son jardin sec de pierres. Quinze pierres sont disposées sur un grand parterre rectangulaire de cailloux blancs. Ce jardin minéral symbolise la nature alors même qu’il n’y a pas arbre. Il est aussi surnommé « le bébé tigre traversant » car on peut y voir un tigre traversant le ruisseau avec ses petits… Il faut garder l’esprit ouvert et avoir beaucoup d’imagination, on ne va pas se le cacher.

C’est un endroit réellement zen que l’on observe depuis un des bâtiments qui composent le temple, et donc en chaussettes. Le fait de ne pas avoir ses chaussures à ce moment précis m’a étrangement plus ancrée dans le (fameux) « moment présent ». En chaussures, on est prêt à décamper, en chaussettes rien ne pressait. Et puis, je vais le répéter à chaque fois, mais c’est super agréable de marcher en chaussettes sur les planches de bois polies des temples ! Je ne suis pas restée des heures à regarder des pierres non plus, faut pas exagérer mais c’était tout de même apaisant.
Le temple Ryoanji se trouve dans un grand parc que, cette fois, j’ai pu apprécier, où j’ai pris mon temps pour me balader, où j’ai eu tout le loisir de fomenter de nouveaux plans pour me débarrasser de mon acolyte. Le pousser par dessus le pont qui mène à un autel sur l’île au centre du lac, le perdre dans la forêt de bambous d’Arashiyama, lui crever les pneus de son vélo et le laisser seul à la merci des touristes chinois, lui pointer quelque chose d’un côté pour qu’il regarde et m’enfuir en courant de l’autre… Des plans très élaborés. Mais bon encore une fois : le GPS et le lit douillet m’ont empêchée de passer à l’acte.

Je n’ai pas pu résister et suis repassée par l’allée du début avant de partir. C’est un de mes meilleurs souvenirs. Si j’avais su que cela allait être si beau, j’aurai fait le Pavillon d’or encore plus rapidement afin de profiter de cette allée plus longtemps. Malheureusement, nous étions au crépuscule et il était l’heure de nous diriger vers la bambouseraie d’Arashiyama.
FORÊTS DE BAMBOUS ET DE KIMONOS D’ARASHIYAMA ET NONOMIYA-JINJA
La très connue forêt de bambous d’Arashiyama est une des vitrines de Kyoto que l’on peut voir dans tous les guides touristiques. Nicolas et moi avions lu que c’était un endroit noir de monde pendant la journée, tous à la queue leu-leu, tout ce qu’on adore alors malins comme on est, on s’est dit qu’on irait en fin d’après-midi quand l’affluence serait moindre. On a pris plus de temps que prévu au temple Ryoanji à cause de moi et de mon émerveillement pour des feuilles comme si je n’en avais jamais vu auparavant, il allait faire nuit quand nous y arriverions. Nous avons donc regardé s’il était possible de visiter la bambouseraie de nuit. Elle est ouverte 24h/24 et sur les photos qu’on trouvait sur internet, il y avait des petits spots au sol qui éclairaient les bambous. Eh bien pas du tout ! La bambouseraie était plongée dans le noir. Il nous a fallu un peu de temps avant de la trouver et une fois sur le fameux chemin qui la traverse, zéro spot, zéro lumière… La première hypothèse donc.
Il commençait à faire vraiment froid, à y avoir du vent, on se retrouvait seuls, isolés dans le noir, à plusieurs centaines de mètres de l’agitation du quartier. On était clairement dans un cadre de film d’horreur dans lequel on entendrait arriver au loin des singes extrêmement agressifs volant de bambou en bambou avant de nous sautez dessus et de nous attaquer violemment. Ça aurait au moins eu l’avantage de régler son affaire à Nicolas… Tant pis.
Ce fut un raté total. Heureusement, il y a le sanctuaire Nonomiya-jinja tout près de là sur lequel nous nous sommes rabattus. C’est un petit sanctuaire érigé à l’origine comme résidence sacrée où les futures prêtresses du sanctuaire d’Ise (le plus important du Japon) entreprenaient leur purification. Ces prêtresses étaient choisies parmi les princesses non-mariées de l’empereur. Le sanctuaire Nonomiya-jinja apparaît dans ce qui est considéré comme le premier roman au monde : Le Dit de Genji, écrit en 1008 par une femme Murasaki Shikibu. Rien que ça !

Nonomiya est la déesse du soleil, et son sanctuaire a pour réputation d’aider et d’intervenir en faveur des femmes afin qu’elles trouvent l’amour, qu’elles aient des enfants et que l’accouchement se passe bien. On y trouve des Ema (tablettes en bois sur lesquelles on écrit un vœu ou une prière et que l’on accroche à l’entrée du sanctuaire) en forme de cœur.

Le quartier proche de la bambouseraie est très sympathique, très vivant. En tout cas de nuit les lumières jaunes des magasins et des restaurants donnaient une atmosphère chaleureuse aux rues.
A la gare de Randen, il y a une sorte d’exposition qui s’appelle La forêt de Kimonos dans laquelle on peut se promener. C’est très joli. C’est un ensemble d’environ 600 tubes cylindriques décorés de tissus de kimono, éclairés par des LED la nuit tombée. Au bout du chemin se trouve l’Etang du Dragon, divinité qui garde la gare et assure la sécurité des voyageurs. Il est dit qu’en priant le dragon, nos rêves deviennent réalité et que si l’on plonge nos mains dans l’eau du bassin, notre esprit sera apaisé et s’ouvrira alors au bonheur.

Après cette journée bien chargée, il ne nous restait plus qu’à rentrer, c’est à dire à faire toute la ville d’ouest en est. Eh bah c’est long ! Nous nous sommes donc arrêtés à mi-chemin pour reprendre des forces. Nous avons dîné dans un restaurant de ramen : le Membaka Fire Ramen. Il propose tout simplement, comme son nom l’indique, du ramen flambé. Le plat était bon, mais le spectacle plus encore. Voyez plutôt :

Une délicieuse façon de terminer la journée.
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