ENFIN ! Enfin, j’ai fait ma première vraie randonnée au Japon. Celle au Lac Mashu avait été interrompue et le Mont Fuji annulé alors j’avais hâte de faire celle-ci. Et pour la grande sportive que je suis (faux), l’habituée des randonnées (faux), celle du Mont Yotei a été du gâteau (encore faux) et une vraie partie de plaisir (faux, faux, faux et re faux!).
Le Mont Yotei ou Yoteizan est considéré comme le petit Mont Fuji d’Hokkaido du fait de sa forme et de son sommet enneigé en hiver. Il est surnommé « Ezo Fuji » (Ezo étant le nom ancien d’Hokkaido). C’est un volcan haut de 1898mètres d’altitude dont la dernière éruption date d’il y a 6000ans. Montagne solitaire, le Mont Yotei est visible de partout et il est majestueux.

J’avais lu que l’ascension de Yoteizan devait prendre environ 5h et la descente 4h. Donc environ 9-10h aller-retour en comptant la pause au sommet. J’ai donc passé la nuit précédente à Kutchan, une des petites villes au pied du Mont Yotei. J’ai dormi dans une auberge de jeunesse. La chambre que j’avais, était une chambre japonaise typique, c’est à dire futon et tatamis. L’hôte était parfait et extrêmement serviable. Il s’est proposé de me conduire à l’onsen dans la soirée et au pied du Mont Yotei le lendemain à 5h du matin. Ça m’a bien arrangé ! Si vous passez deux nuits à l’auberge, l’hôte propose de vous emmener (à l’heure qui vous convient) et de vous ramener quand vous avez fini.
J’ai donc accepté son aide et ai été me détendre à l’onsen dans la soirée. J’ai extrêmement apprécié ce moment de détente, plus qu’à Noboribetsu. Pour la première fois, j’ai réussi à y rester une grosse heure. Sauna, jacuzzi, bain froid, bain très chaud en intérieur et bain chaud à l’extérieur avec vue sur le Mont Yotei (enfin il paraît, il faisait nuit…). Tout cela pour la modique somme de 5-6€.

Il faut savoir que pour entrer dans un onsen, il y a quelques règles à respecter.
- La première est d’être complètement nu(e). Pas de maillot de bain, de sous-vêtement, ou même de pagne. Tenue d’Eve ou d’Adam exigée. S’enrouler dans sa serviette n’est pas très bien vu non plus. A poil, on a dit !
- Une règle des plus connues est de ne pas avoir de tatouage. Mais bon, si vous en avez un petit, discret ça paaasse. Par contre si vous avez un dragon qui crache du feu dans le dos, vous êtes foutus. Vous ne rentrerez pas.
- Un onsen est un espace de détente, il faut donc être silencieux. Si vous souhaitez discuter, faites le à voix basse ou ne le faites pas du tout. Dans certain hôtel, une musique de spa est émise. Tout est fait pour que l’ambiance soit reposante.
- Ensuite il faut se laver avant d’entrer dans un des bains à votre disposition. Et au Japon, on ne se lave pas debout. On prend sa douche assis sur des petits tabourets en plastique. Je n’ai pas trouvé ça très pratique au debut puis au final, c’est une habitude à prendre, ce n’est pas désagréable. Du shampoing et gel douche, au minimum, sont mis à disposition.
- Une fois la toilette faite, vous pouvez entrer dans le bain. Prenez votre élan et faites la bombe ! Ou optez pour la méthode traditionnelle qui est de rentrer très délicatement et sans bruit car, je le rappelle, c’est un espace de détente. Pas la piscine municipale !
- Vous pouvez enfin vous prélasser pendant autant de temps que vous le souhaitez. Faites des aller-retours entre les différents bains. Dé-ten-dez-vous.
- Quand vous avez fini, rincez/lavez vous (même si je ne suis pas sûre que cette partie soit obligatoire) et prenez soin de vous en prenant le temps de vous sécher les cheveux, de vous badigeonner de crème hydratante etc.
Avant Noboribetsu, j’avais déjà été dans des bains thermaux mais les rares fois où j’y étais allée, j’étais seule alors être nue ne m’avait pas posé de problème. Cette fois-ci, je n’y ai pas coupé. Il a fallu que je prenne sur moi pour exposer mon corps à la vue d’autres femmes. C’est un peu déstabilisant au début. J’essayais de me cacher derrière ma serviette et puis j’ai dû vite l’abandonner pour entrer dans le bain. Après quelques minutes, la gène est passée et il est devenu plus facile d’accepter d’être dans mon plus simple appareil vu que toutes les personnes autour de moi étaient dans la même situation. A vrai dire, cela m’a aidé à accepter mon corps à ce moment précis. J’ai vu que je n’étais pas seule, que mon corps ressemblait à celui d’autres femmes.
Puis à Kutchan, je me suis sentie beaucoup plus à l’aise. Maintenant j’entre dans un onsen telle un cowboy, un cowboy à poil certes, mais cowboy quand même ! Je plaisante évidemment, mais c’est pour dire que je suis moins gênée. Je ne suis pas encore super sûre de moi mais j’évolue dans la bonne direction et c’est très libérateur.
Après cela j’étais très détendue et donc dans de bonnes conditions pour dormir comme un bébé avant la randonnée du lendemain. C’était sans compté sur le futon. Parlons-en du futon… POURQUOI ? Pourquoi les Japonais continuent de dormir sur des futons. C’est tout sauf confortable. C’est comme dormir sur un mini matelas gonflable de camping. En gros, on dort par terre. Et les tatamis, ce n’est pas ce qu’il y a de plus « moelleux ». J’avais des soucis avec mes hanches et mon dos, j’ai donc passé une nuit du feu de dieu. J’ai dû dormir à peine 3h en tout.

Réveil à 4h30 pour attaquer la randonnée une heure plus tard. J’ai pu voir le lever du jour sur le Mont Yotei avant de commencer le trek. Le début du chemin est relativement facile. Quelques obstacles en travers tels que des troncs d’arbre. Je me suis dit « super, un peu de difficulté, ça ne va pas être qu’un sentier balisé, un peu ennuyant ». Qu’est ce que je n’ai pas pensé… Effectivement cela n’allait pas être une randonnée de tout repos, loin de là.

Très rapidement, le chemin est jalonné de pierres et de racines. Il se fait plus abrupte. Le passage est plus étroit par moment. En général il n’est pas possible de grimper à plusieurs. Beaucoup de personnes faisaient l’ascension, il fallait donc se mettre sur le côté et s’arrêter pour laisser passer les plus rapides. Les pierres et les racines sont parfois très espacées les unes des autres en plus d’être humides et donc glissantes. Il est délicat de trouver ses appuis. Ça fait les cuisses comme on dit ! Des cuisses en béton. Il y a 10 stations jusqu’au sommet de la montagne. Je me suis arrêtée à toutes pour pouvoir reprendre mon souffle et boire. J’ai également fait des petites pauses régulières sur le chemin. Il m’était impossible de faire tout d’une traite entre chaque station. J’étais en nage.

Vers la quatrième station, j’ai commencé à prendre conscience de ce qui m’entourait. En levant la tête, je voyais enfin le paysage qui s’ouvrait à moi depuis les hauteurs du Mont Yotei. J’apercevais les pistes de ski sur la montagne en face, la forêt plus bas ainsi que les villes et les champs de culture au loin.
Par moment, je me suis retrouvée dans les nuages mais la plupart de temps, il faisait grand soleil ce qui a adouci un petit peu la montée de Yoteizan.
Au fur et à mesure, la végétation change. On passe d’une forêt de grands arbres (j’ai pas les espèces d’arbre, désolée) à une forêt d’arbustes puis à une végétation rase à l’approche du sommet. La couleur des feuilles changent également, du vert au brun. On passe de l’été à l’automne en montant en altitude. Et il y avait un petit peu de neige également!

L’ascension devait prendre environ 5heures. Au final, cela m’a pris 3h15 pour atteindre le cratère. Qui c’est la plus forte ? Qui c’est ?! J’étais surprise de mon temps car je n’ai pas eu l’impression de me presser et puis j’ai fait pas mal de pauses. J’étais donc très satisfaite et fière de moi.
Par contre, la récompense n’était pas à la hauteur de l’effort. Le trek a vraiment été très dur et le paysage au sommet ne m’a pas paru incroyable, ni la vue sur la région de Niseko.

Je n’ai pas trouvé la force de faire tout le tour du cratère, j’étais déjà fatiguée. Cela aurait rajouté au moins une heure de marche. Même s’il ne semble pas si impressionnant, on se rend compte de la taille du cratère en apercevant les petites tâches au loin qui se baladent sur ses hauteurs.

Tout comme en arrivant au sommet du Mont Tarumae, je me suis prise une rafale de vent en haut de Yoteizan. Un vent violent et terriblement froid. En même temps à près de 2000mètres d’altitude, c’est normal. Au lieu de faire le tour du cratère, je me suis posée au milieu et y ai pique-niqué !
Le cratère du Mont Yotei est divisé en trois, avec différentes profondeurs, je n’étais donc pas dans le fond mais sur le chemin qui passe en son centre. Mais quand même ! Il était 9heures du matin et je pique-niquais au milieu d’un cratère. C’était un moment plutôt cool. A cause du vent, je ne suis pas restée très longtemps. Après 45minutes, il était déjà temps d’entreprendre la descente.
Et si l’ascension avait été difficile, la descente a été pire. Cela a été un cauchemar. Normalement cela aurait dû prendre moins de temps que la montée, cela paraissait logique. Eh non ! J’ai mis 3heures. Je n’en pouvais plus, j’étais à bout. Je n’en voyais pas la fin. J’avais l’impression que la distance entre les stations avait doublé. Cela a été une horreur. Le seul petit réconfort a été la rencontre avec un petit rongeur tout mignon. Ça fait léger comme réconfort.

Le véritable réconfort a été d’aller se prélasser dans un onsen bien mérité. Après 7 heures de marche, se détendre dans des bains chauds était plus que nécessaire. Cela a fait un bien fou ! Et cette fois, j’avais la vue sur ce satané Mont Yotei.

Quelques jours se sont passés depuis mon ascension, je commence donc à oublier la douleur, l’épuisement et même la colère que cela a pu me procurer pour laisser place uniquement à la fierté de m’être dépassée et d’avoir réussi à le faire.
Le Mont Yotei fait partie des 100 plus belles montagnes du Japon et est emblématique de l’île d’Hokkaido, j’aurai regretté de ne pas le faire.
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