SHIRAKAWA-GO: voyage dans le Japon rural de l’ère Edo.

J’habite désormais à Nagoya, sur l’île principale du Japon: l’île d’Honshū. Et j’ai la ferme intention de continuer à explorer le pays du soleil levant ! Ne plus être à Hokkaido facilite mes déplacements. Nagoya est assez centrale, entre Tokyo et Kyoto, et bien connectée. Contrairement à Hokkaido, Honshū fait partie de ce qu’on appelle le « Japon traditionnel ». Qu’est ce que ce Japon traditionnel ? Je vais tenter de le découvrir dans les mois à venir et notamment avec ma première escapade. Direction Shirakawa-go!

Shirakawa-go se trouve à 150km au nord de Nagoya dans les Alpes Japonaises. Je m’y suis rendue en bus, le moyen de transport le moins cher. En effet, ici au Japon, prendre le train s’avère très coûteux, je ne parle même pas de prendre le Shikansen. Peut-être que la voiture revient à moins cher mais vu ma mésaventure lors de mon road-trip à Hokkaido, je ne suis pas encore prête à reprendre le volant (Hum hum). Du coup, je voyage en bus lorsque je dois parcourir de longues distances. Cela a dû prendre entre 3h et 3h30. Sur le trajet, j’ai traversé les magnifiques paysages des Alpes japonaises, de quoi me donner envie d’y revenir un jour. J’y suis allée en octobre et alors qu’à Sapporo l’automne était déjà bien entamé et que l’hiver arrivait à grand pas, ce n’était pas du tout le cas dans cette partie du Japon. Bien au contraire, j’ai prolongé mon été en déménageant. Je ne m’étais encore jamais retrouvée à me balader en t-shirt, vêtements légers et cramer au soleil en plein mois d’octobre. C’était un sentiment étrange que j’ai savouré longuement. Tout cela pour dire que les paysages qui défilaient sous mes yeux étaient sublimés par les rayons du soleil qui se reflétaient dans les cours d’eau et le ciel bleu qui enveloppait les arbres verts et la roches des montagnes. J’avais vraiment très envie de dormir mais ce spectacle me tenait éveillée.

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Je suis arrivée à Shirakawa-go vers midi. Cet ensemble de villages, avec Gokayama, est classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Une fois sortie du parking où de nombreux bus sont garés (ça sent la foule de touristes à plein nez!) en avançant sur l’artère principale du village de Ogimachi (le plus connu), j’ai été frappée par ces maisons aux toits de chaume au milieu des rizières. L’impression d’avoir fait un saut dans le passé. Mais avant de poursuivre ma visite: fuir le flot continu de visiteurs qui se traîne dans la grande rue. Vite, s’en échapper. Une fois perdue dans les petites rues, les petits chemins surélevés qui mènent à une maison puis à une autre puis à un temple puis à des bâtiments agricoles, j’ai pu apprécier pleinement ce qu’offrait ce village.

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Les maisons sont de style « gassho ». Gassho décrit le geste fait lors de prières, des mains qui se joignent au niveau de la poitrine. La forme des grands toits de chaume fait donc référence à ce geste de prière. Les maisons sont très grandes et hautes. En effet, chaque maison abritait une famille entière avec ses différentes générations. De plus, les greniers servaient à la production de soie avec des grands espaces aménagés sous les toits pour l’élevage des vers à soie. C’était la principale source de revenu pour les habitants du village à l’ère Edo (1600-1868) jusqu’au début de l’ère Showa (1926-1989). Les maisons sont disposées d’une certaine manière également. Elles sont toutes dans le même sens. Les maisons font face au nord et au sud. En effet, elles ont été conçues en prenant en compte le souffle du vent dans cette région du Japon et l’orientation du soleil. De cette façon, l’impact du vent est minimisé et celui des rayons du soleil maximisé ce qui permet d’avoir des étés frais et des hivers chauds à l’intérieur des maisons. Les toits de chaume, en plus d’offrir un environnement favorable à l’élevage de vers à soie, ont aussi été étudiés pour pouvoir supporter les lourdes charges de neige qui tombent l’hiver. Shirakawa-go est d’ailleurs plus prisé en hiver, sous la neige. Celle-ci apporterait une part de magie au village, l’impression de se retrouver dans un conte. J’essaierai donc d’y retourner une fois les premiers flocons tombés.

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Les toits de chaume doivent être changés tous les 20 ans. Un toit était en train d’être démonté, d’ailleurs, lors de ma visite. Cela m’a permis de voir un peu la façon dont ces toits sont faits : les bois de la charpente ne tiennent entre eux qu’avec des cordages. Il n’y a pas de clous.

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J’étais bien contente de m’être éloignée de la foule qui se concentrait dans la rue principale où se trouvent les restaurants, les vendeurs de glace, les boutiques de souvenirs et les deux grandes maisons que l’on peut visiter. J’ai pu explorer le village dans le calme. Je me suis promenée dans les rizières en parcourant les chemins surélevés qui les séparent les unes des autres. J’ai observé de loin le temple, au toit de chaume lui aussi. J’ai remarqué que les maisons les plus éloignées de la grande rue du village avaient des toits complètement recouverts de mousse. Je me suis alors demandée si c’était normal ou bien si changer ou entretenir un toit coûtait trop cher pour leurs propriétaires. L’épaisseur des toits fait qu’on peut voir l’évolution de la paille au cours du temps. Elle est grise sur l’extérieur et encore jaune vers l’intérieur pour les plus récents. Pour d’autres maisons, le toit est devenu tout noir grisé avec plus ou moins de mousse. Vu les matériaux employés pour la construction de ces maisons, il est interdit de fumer dans le village sauf à des endroits spécifiques (mais ça c’est partout au Japon). Il y a de nombreux écriteaux qui mettent en garde contre les incendies et rappellent cette interdiction. Fun fact : les lances ou dispositifs anti-incendie sont disposés dans des petits abris…en bois.

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Après avoir flâner entre les maisons, je suis allée observer le village depuis les ruines du château d’Ogimachi, en hauteur. Depuis là haut, on a une vue imprenable sur les montagnes environnantes, la rivière bleue claire qui coule vivement, les rizières, la large rue et ses nombreux piétons et évidemment les maisons de style gassho et leurs stores blancs. Je suis restée un moment à apprécier ce paysage, à tenter de retrouver le temple, la maison aux épouvantails, le pont au dessus de la rivière où se pressent les touristes pour accéder au village, etc.

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Puis je suis redescendue pour profiter de ma dernière heure dans ce joli village. J’ai poussé ma visite aux confins d’Ogimachi où très peu de touristes s’aventurent. Après tout, il n’y a pas beaucoup à voir par rapport au reste du village. Il y quelques maisons qui ont été transformées en établissements hôteliers qui, je pense, ne sont pas donnés ! Je me demande d’ailleurs comment les habitants font pour vivre paisiblement dans leur village. Il y a tellement de personnes, comme moi, qui viennent le visiter. Et ce n’est pas un gros village donc impossible de vraiment échapper au monde. En hiver, le nombre de visiteurs est même limité car trop de gens s’y rendent pour observer les illuminations.

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Pour finir mon après-midi (je ne pense pas qu’il faille plus), je me suis assise sur une butte d’herbe et ai profité du soleil qui scintillait dans l’eau boueuse des rizières, du bruit de la rivière et d’être entourée de toutes ces maisons dont certaines ont plus de 200 ans.

J’ai beaucoup aimé Shirakawa-go. Une fois loin de la rue principale, il est très agréable, presque paisible, de se promener entre les maisons, de se reposer sur les ruines du château en profitant de la vue qu’elles offrent. J’attends à présent les premières chutes de neige avec impatience.

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